Gestion de l’eau et promotion de la paix au Moyen-Orient : La paix au fil de l’eau

Projet terminé

Depuis 2009, la Suisse s’est lancée dans un nouveau type de coopération combinant promotion de la paix et gestion durable des ressources hydriques au Moyen-Orient. Cette région du monde connait en effet une crise majeure qui se caractérise par la dégradation et l’assèchement progressif de nombreuses ressources communes en eau. Or, un rapport indépendant publié en 2011 a déterminé que la gestion durable des ressources hydriques trans-territoriales à un niveau politique pourrait non seulement éviter des catastrophes naturelles et des tragédies humaines mais également servir de moyen important de promotion de la paix.

Pays/région Thème Période Budget
Proche-Orient
Eau
Agriculture et sécurité alimentaire
Conflit & fragilité
Diplomatie et sécurité dans le domaine de l'eau
Politique du secteur de l’eau
Ressources en eau à usage agricole
Prévention des conflits
Conservation des ressources en eau
01.12.2013 - 30.06.2016
CHF 3'048'000

L’émergence d’une idée forte

Les ressources en eau du Moyen-Orient subissent une pression sans précédent qui menace les populations de régions entières autant du point de vue économique que social. L’accroissement démographique, les migrations, l’urbanisation, les changements climatiques ou le coût des conflits ont en effet un impact extrêmement important sur ces ressources. Ainsi, en 50 ans, les débits de nom-breuses rivières de Turquie, de Syrie, d’Iraq, du Liban et de Jordanie ont diminués de 50 à 90 pourcent.

Par ailleurs, les réserves en eau et les bassins versants ne suivent que rarement les frontières politiques décidées par l’Homme. Leur gestion ne peut ainsi se penser que de manière transfrontalière.

Fort de ce constat, la Direction pour le Développement et la Coopération (DDC) et la Division Sécurité humaine ont initié l’initiative «paix bleue» (blue peace) au Moyen-Orient. Cette initiative vise à transformer la crise de l’eau que connait la région en une opportunité pour les pays concernés. Il s’agit pour ces derniers de s’unir et de renforcer leurs liens pacifiques à travers une gestion concertée et durable des ressources en eau. Ce faisant, cette question est élevée au niveau de la haute politique plutôt que d’être cantonnée aux organes nationaux de gestion des ressources.

Mais pour que cette «paix bleue» puisse devenir une réalité durable, l’ensemble des aspects liés à la gestion de l’eau (approvisionnement, pollution, assainissement etc.) doit pouvoir être traité dans une approche transfrontalière.

Trois rencontres et un rapport

En 2009, un groupe d’experts indépendants indiens le Strategic Foresight Group (SFG) a été mandaté par la Suisse pour accompagner un processus de réflexion autour de cette question. Avec son appui, une série de consultations et de rencontres ont eu lieu en 2010 : à Montreux (Suisse), à Amman (Jordanie) et à Sanliurfa (Turquie).

Ayant réunis une centaine d’experts et de leaders du Moyen-Orient, ces consultations ont permis de poser les bases d’une collaboration future. Sur la base de ces discussions, le SFG a rédigé un rapport intitulé The Blue Peace : Rethinking Middle East Water. Ce document, rendu public en février 2011  évalue les principaux défis liés à une gestion transfrontalière des ressources. A la recherche de réponses pragmatiques, il dresse une liste de dix recommandations, à court, moyen et long terme.

Création d’un Conseil de coopération pour les ressources en eau dans le Moyen-Orient

A court terme, le SFG propose notamment la création d’un Conseil de coopération pour les ressources en eau dans le Moyen-Orient. Ce dernier devrait dans un premier temps se limiter à cinq pays : l’Iraq, la Jordanie, le Liban, la Syrie et la Turquie. Lors de l’atelier de Montreux, ces derniers avaient d’ailleurs demandé à la Suisse de les assister dans la mise en place d’une telle institution. Ce Conseil, dont la formation a été reportée dans l’attente d’une stabilisation de la situation au Moyen-Orient, devrait s’employer à développer une vision partagée ainsi que des instruments pour la mener à bien.

Sensibiliser et mobiliser les volontés politiques

Afin d’ouvrir la voie à une relation de coopération, un important travail de sensibilisation et de mobilisation des volontés politiques a lieu. La DDC a, dans ce but, soutenu la création d’un forum de haut-niveau qui rassemble depuis 2011 une vingtaine de personnalités de la région. Celles-ci effectuent un important travail de sensibilisation grâce à leur carnet de contacts. Le projet «paix bleue» a également été présenté aux média du Moyen-Orient. Ceci a engendré en 2013 une audience cumulée de 30 millions de personnes.

Cet important travail de sensibilisation permet d’ouvrir la voie au futur Conseil de coopération. Une fois celui-ci en place, le processus devant consolider une véritable paix bleue pourra prendre forme.