Un effort collectif
Après l’occupation allemande de la Hongrie en mars 1944, plus de 430’000 Juifs de la province ont été déportés au camp d’extermination d’Auschwitz-Birkenau. Les diplomates des Etats neutres (Espagne, Portugal, Saint-Siège, Suède et Suisse) et le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) ont contribué, avec plusieurs autres acteurs, à la protection et au sauvetage des Juifs de Budapest.
Ils ont notamment établi et distribué divers types de documents de protection: lettres, passeports, passeports collectifs, etc. A partir de novembre 1944, ils ont également pu abriter des Juifs dans des maisons protégées bénéficiant de l’immunité diplomatique. Plus de la moitié de ces maisons, situées dans le «ghetto international», se trouvaient sous protection suisse.
Ces efforts ont contribué au sauvetage d’environ la moitié des Juifs de Budapest, soit quelque 120'000 personnes.
Les particularités de l’effort suisse: la représentation des intérêts britanniques et le CICR
La protection assurée par les Suisses en Hongrie avait deux particularités. Elles en expliquent l’ampleur. D’une part, la représentation des intérêts du Royaume-Uni a permis de créer un dispositif de protection avant l’occupation allemande: l’organisation d’une émigration juive légale vers la Palestine sous mandat britannique. Elle s’inscrivait dans un cadre plus large, la Suisse assurant la représentation des intérêts de 14 États au total, dont les États-Unis, la Yougoslavie, la Roumanie ainsi que plusieurs pays d’Amérique latine. D’autre part, le CICR, sous la direction du délégué Friedrich Born (1903-1963), a protégé tout particulièrement des enfants et des établissements comme les foyers et les hôpitaux, dont celui situé sous la colline de Buda.
C’est sur la base du premier dispositif que Carl Lutz (1895-1975), chef de la division des intérêts étrangers, et son équipe, ainsi que Miklos Krausz et de jeunes sionistes, ont pu étendre considérablement l’effort de protection. Des passeports collectifs contenant les noms et les portraits de plus de 2'000 Juifs destinés à émigrer vers la Palestine ont été établis en juillet 1944. A la même époque, un « Département d’émigration de la légation de Suisse » a été ouvert dans un bâtiment industriel, la Maison de verre. Plusieurs milliers de Juifs y ont également trouvé refuge. Des dizaines de milliers de lettres de protection indiquant que le nom de leur détenteur figurait dans les passeports collectifs ont été distribuées. Des Juifs sous protection suisse ont été abrités dans les maisons protégées du «ghetto international».
Durant les dernières semaines de la guerre, Carl Lutz a chargé ses nouveaux collaborateurs Peter Zürcher (1914-1975) et Ernst Vonrufs (1906-1972) de garantir l’application des mesures suisses de protection. Son épouse Gertrud (1911-1995), ses supérieurs successifs et la résistance juive l’ont activement soutenu. Harald Feller (1913-2003), son dernier supérieur, a caché chez lui des persécutés. Enlevé par des agents des services secrets soviétiques, il n’est revenu de Moscou qu’en 1946.
Toutes ces personnes, ainsi que deux collaborateurs du CICR, Friedrich Born et Benedikt Brunschweiler (1910-1987), ont été honorés du titre de « Juste parmi les nations ».
A Berne: une salle Carl Lutz au Palais fédéral
En 2018, une salle de réunion du Département fédéral des affaires étrangères à Berne a été rebaptisée «Salle Carl Lutz». Une plaque y est apposée: «Cette salle est dédiée à toutes les collaboratrices et à tous les collaborateurs du Département qui, comme Carl Lutz, Harald Feller, Gertrud Lutz-Fankhauser, Ernst Vonrufs et Peter Zürcher en 1944–1945 à Budapest, ont fait preuve d’une grande humanité qui doit nous inspirer.»
A Budapest: principaux lieux de mémoire ayant un lien avec la Suisse
La Maison de Verre (29 Vadász utca) est aujourd'hui ouverte aux visiteurs en tant que musée. Elle documente l'histoire et les activités de Carl Lutz et de ses partenaires. L'application IWalks, gérée par la Fondation Zachor, propose une visite guidée de la Maison de Verre.
L’ancien hôpital situé sous la colline de Buda, placé sous protection du CICR en 1944, fait partie du «Musée de l’hôpital dans le rocher et de l’abri antiatomique».
Dans le XIIIe arrondissement, un quai a été rebaptisé Quai Carl Lutz. Un petit mémorial a été érigé devant l’Ambassade des Etats-Unis, où Lutz avait ses bureaux.
Dans le Ier arrondissement, un quai situé entre le Pont des Chaînes et le Pont Élisabeth, a également été rebaptisé Quai Friedrich Born. Ces deux changements de nom remontent à l’initiative de la Fondation Carl Lutz à Budapest.
Le mémorial Carl Lutz, œuvre du sculpteur Tamás Szabó en bronze, se situe à proximité de l’une des entrées de l’ancien grand ghetto de Budapest (10 Dob utca).
Une plaque commémorative en l’honneur de Carl Lutz a été apposée dans la cour de la synagogue (2 Dohány utca) dans le VIIe arrondissement, la plus grande synagogue d’Europe.
À l’Université Andrássy, une série de cours magistraux intitulée «Carl Lutz» a lieu, soutenue dans le cadre de la 2e contribution suisse et en collaboration avec le gouvernement Hongrois. La série est axée sur des thèmes de politique internationale et de diplomatie, avec un accent particulier sur l’Europe et la Suisse.